Uber ré-invente le magasin de proximité

corner storeLa création du service Uber Corner Store est une initiative tout à fait intéressante à analyser qui a fait la Une des sites spécialisées ces derniers jours.

Uber propose pour le moment à Washington l’achat de produits d’un assortiment très réduit (100 produits différents) en provenance de magasins de proximité. Il s’agit d’achat de dépannage comme dans un magasin de proximité. Le prix passe après le service, qui est l’urgence. La livraison est effectuée par les livreurs Uber, professionnels ou particuliers et l’application Uber.

Cette expérience est à rapprocher de celle d’Amazon, qui dans son service Amazon Pantry, propose des produits de première nécessité ramenés au volume d’un carton. Vous achetez autant de produits, dans un assortiment réduit, jusqu’à ce que votre carton soit plein.

Ce qui est intéressant dans ces différentes initiatives, c’est qu’on sort du modèle traditionnel d’internet, qui consiste à disposer d’un choix le plus large possible de produits, à un prix le plus bas possible et un transport gratuit ou presque.

C’est le service qui est privilégié. Le transport gratuit, qui est une gageure dont la durée de vie sera nécessairement limitée, n’est pas l’argument présenté. Il s’agit là du dépannage, donc du besoin urgent, quotidien, qui a un prix. Notre magasin de dépannage est plus cher qu’un hypermarché. C’est normal et peu important pour la plupart d’entre nous puisqu’il s’agit de faibles quantités de produits.

Ce que nous apprennent ces expériences, c’est aussi qu’internet est encore un vaste terrain d’expériences ou le service, et notamment le transport du dernier kilomètre, devient le maillon principal. Le problème n’est pas le produit, qui est facile à trouver, mais la livraison. Ces expériences ne partent pas du produit, mais du besoin du consommateur. C’est donc du tout simplement du marketing.

Google shopping express, Deliv, Uber Corner Store, Uber Rush, Amazon Pantry, toutes ces idées sont fondées sur la livraison et le service à l’internaute. Aucune d’entre elle n’annonce un transport gratuit. Pour une simple raison, il a un coût. L’intégrer dans le prix du produit reviendrait à augmenter celui-ci, alors même que le consommateur accepte parfaitement un prix raisonnable du transport.

La livraison du dernier kilomètre n’a pas fini de nous surprendre par son caractère innovant.

Amazon est-il un agitateur d’idées ?

amazonIl ne se passe pas un jour en cette période estivale sans qu’Amazon soit au centre de l’actualité. Un jour, c’est la loi « anti Amazon », interdisant le cumul sur le prix des livres de la réduction de 5% accordée par la loi Lang et de la livraison gratuite. Amazon, comme d’autres d’ailleurs, ont décidé de facturer 1 centime et sont accusés de détourner la loi. Amazon ne la détourne en aucune façon mais applique la rédaction de cette loi à la lettre et au mot !

Cependant, nous pouvons nous étonner qu’Amazon, qui annonce des pertes historiques, continue de ne pas facturer un transport qui impacte directement ses résultats. Aurait-il moins de clients s’il facturait le prix de transport ? Rien n’est moins sûr.

Si Amazon effectue des pertes sur les ventes de livres, ce qui reste à vérifier, le cadre légal existe déjà avec la loi sur la vente à perte de 1963, interdisant de revendre moins cher, prix de transport compris, que le prix d’achat.

Amazon est attaqué par un ministre et soutenu par un autre qui se targue des emplois créés dans des centres logistiques qui bénéficient souvent d’aides. Il y a là une certaine incohérence. Amazon est-il créateur de richesse et mérite-t-il les éloges ministérielles et aides à son développement ou est-il destructeur de richesse et mérite-t-il une loi à son encontre, loi qui n’a d’ailleurs aucun effet, sauf de lui faire une publicité gratuite.

Un autre jour, c’est l’annonce du développement dans 6 villes américaines du service de livraison jour J, qu’Amazon fait d’ailleurs payer ! L’internaute commande avant midi et est livré avant 21 heures. C’est évidemment une organisation logistique complexe avec un appui sur des commerces de proximité et des fulfillment centres localisés près des villes. Le lendemain, Google Shopping Express décide d’attaquer Amazon sur ce terrain et s’associe à Barnes & Noble afin d’offrir le même service.

La pause estivale est encore perturbée par une nouvelle pour le moins surprenante. Alors qu’Amazon investit dans la livraison jour J, il décide de récompenser les internautes qui ne sont pas pressés et acceptent d’être livrés en une semaine ou plus.

Dans toutes ces nouvelles qui se succèdent, il y a un point commun, le transport du dernier kilomètre. Il y a également deux enjeux fondamentaux : le client, celui qui paie, qui achète, qui décide et le commerce de proximité, celui qui est menacé.

Mais cette menace ne date pas d’hier. Elle date du développement de la grande distribution, des centres commerciaux et autres hypermarchés, dont les conséquences ont été la baisse des prix mais surtout la disparition progressive des commerces de centre-ville.

La grande réussite d’Amazon, c’est d’avoir le rôle d’agitateur d’idées qu’avait la FNAC à sa création, en 1954….

Qui était Charles de Freycinet ?

DSC_0171[1]Il y a 100 ans, la France comptait 40 000 kms de voies ferrées exploitées. Le réseau est aujourd’hui de 29 000 kms seulement, ceci en comptant toutes les constructions récentes. Ce plan de développement du réseau avait un nom, celui de Charles de Freycinet.

Charles de Freycinet

Charles de Freycinet

Ministre des travaux publics pendant seulement 2 ans, Freycinet a laissé son nom au fameux gabarit. En effet, c’est lui qui a décidé de moderniser le réseau de canaux en France en créant une norme pour les écluses et en imposant un gabarit homogène. Le sas d’écluse fait 39 mètres par 5,20 m de large. Ainsi, les barges de 300 tonnes et 1,80 à 2,20 m de tirant d’eau peuvent circuler sur le réseau.

Visionnaire, le plan Freycinet pour le réseau ferré était fondé sur un principe, l’équité des territoires devant le développement technologique. Le but était de désenclaver par l’apport du chemin de fer les régions les plus éloignées. Chaque sous-préfecture de France devait avoir sa gare. Le plan fut mis en œuvre jusqu’à la sous-préfecture la plus éloignée, à trois exceptions près, Sartène, Barcelonnette et Castellane. L’Etat impose ainsi aux compagnies privées la construction de 11 000 km de lignes nouvelles.

Cette desserte du territoire par le chemin de fer a un coût considérable. On découvre à l’époque l’absence totale de rentabilité de desservir des campagnes et petites villes du territoire. Progressivement, sous l’effet de la concurrence de la route, dont les infrastructures sont gratuites pour l’usager, les lignes sont fermées, ce à partir de 1938.

Pendant cette période estivale et ce week-end de chassé-croisé entre juilletistes et aoutiens, nous voyons des autoroutes bondées et profitons de la découverte de notre beau pays, traversé par des infrastructures d’une autre époque, celle du ferroviaire et du fluvial, abandonnées ou désespérément vides.

Evidemment, Freycinet n’était pas un bon gestionnaire. Investir dans des infrastructures structurellement déficitaires n’est pas un bon choix de gestionnaire. Cependant, rendons-lui hommage en mettant en avant ce qui nous manque aujourd’hui en France, une vaste politique d’infrastructures. Une politique énergétique dans le domaine des transports passe nécessairement par un investissement dans les infrastructures. Que ce soit la mise aux normes de notre réseau ferré, la construction du canal Seine Nord ou la construction de terminaux combinés, nous n’échapperons pas aux infrastructures pour développer une véritable politique de transfert dans le domaine des marchandises.

Si nous ne voulons pas aller vers une écologie punitive comme le font nos voisins britanniques, nous devrons nécessairement investir dans des infrastructures qui permettent un transfert énergétique sans perte d’efficacité. C’est ce qui avait été prévu et qui n’a pas appliqué dans le Grenelle de l’Environnement. Le projet de loi actuel ne prévoit rien dans ce sens, faute probablement de moyens de l’Etat. L’écotaxe était une réponse mais elle a été abandonnée au trois-quarts.

Là où Freycinet avait raison, c’est qu’un enjeu, à l’époque de desserte des campagnes et aujourd’hui de transfert énergétique, ne doit pas toujours faire l’objet d’un raisonnement de rentabilité à court terme. Dans l’enjeu actuel de transfert énergétique, c’est la santé des habitants qui est en question. Punitive ou positive, l’écologie a surtout besoin de pragmatisme et de volontarisme politique, tant pour le transport des marchandises en transit sur notre territoire, que pour la logistique urbaine.

transition ou mutation ?

imagesCAK8DTCLLe projet de loi de la transition énergétique pour une croissance verte est présenté ce matin en conseil des ministres.

Avant de parler du fond, parlons de la forme. Le terme « transition », qui signifie littéralement « action de passer, passage », mais aussi « défection (passage à l’ennemi) » et « contagion » n’est probablement pas le terme le plus adapté pour ce grand projet.

Il aurait mieux valu utiliser le terme « mutation » qui donne un côté plus pérenne à cette loi. En effet, lorsque l’on parle de politique énergétique, puisque c’est là le sujet, il est préférable de s’inscrire dans la durée. Les choix effectués en terme d’énergie sont des choix à long terme, s’inscrivant dans une politique d’investissements.

« Mutation » signifie littéralement « changement, transformation ». C’est donc sans aucun doute un terme beaucoup plus pertinent que « transition », qui est plus adapté à un ministre qu’à une politique énergétique !

Sur le fond, plusieurs changements essentiels concernant les transports et la logistique :

Tout d’abord le facteur 4 : diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Evidemment, 2050, c’est loin, même très loin. Est-il raisonnable de voir à très très long terme ? Mais bon… Cela signifie en tout cas clairement la fin du diesel. Même si les motorisations continuent à s’améliorer, diviser par 4 semble un peu optimiste, en sachant que nous visons un retour à une croissance économique.

Un second sujet essentiel est de favoriser les transports propres. Le texte de base qui favorisait les véhicules électriques et hybrides a désormais un peu étendu son champ et encourage «tous les véhicules ayant un très faible niveau d’émission de gaz à effet de serre et polluants atmosphériques». Ainsi, tous les véhicules peu polluants, type biogaz, seront concernés par la nouvelle loi sur la transition énergétique.

C’est une bonne nouvelle. Le tout électrique n’est probablement pas adapté à tous les cas de figure, notamment dans le transport. Il a le biogaz, le GNV, et d’ici 2050, nous aurons probablement trouvé d’autres idées pertinentes.

Mais si le choix énergétique est essentiel dans les transports, il est loin d’être suffisant. Il existe plusieurs axes au moins aussi importants : le transfert modal (donc moins de camions sur les routes), l’optimisation des moyens par la consolidation des flux (ce n’est pas très médiatique mais très efficace) et surtout notre mode de vie.

Le mode de vie actuel est basé sur l’augmentation continuelle des flux de transport : délocalisation, fruits et légumes hors saison, e-commerce, livraisons à domicile, …

Ce n’est pas une loi qui changera notre mode de vie. C’est plutôt une prise de conscience vers l’achat de proximité, la labellisation énergétique des produits, le made in « notre quartier, notre région ».

L’énergie n’est qu’un des maillons d’une chaîne. Elle est d’ailleurs souvent le dernier maillon d’une chaîne de consommation et de production.

Ce vaste sujet, qui semble être, et c’est une bonne nouvelle, doté d’ambitions majeures, aurait mérité un débat plus large, comme cela a été le cas du Grenelle, dont nous pouvons regretter le peu de réalisations concrètes.

Intralogistique et automatisation

aslogA l’approche de la pause estivale, l’ASLOG prépare sa prochaine matinale, qui aura lieu le 1er octobre prochain.

Sur le sujet de l’intralogistique au service de la performance, cette table ronde, exposera plusieurs projets récents d’automatisation, dans les secteurs du textile, de l’alimentaire et de l’industrie.

Cette conférence est organisée par le groupe de travail Immobilier et tendances, présidé par Christophe Gallois. Elle sera animée par Jérôme Libeskind.

Vous avez toujours tout voulu savoir sur l’automatisation et la logistique ?

L’ASLOG convie quelques uns des principaux acteurs qui vont avoir l’occasion de présenter leurs dernières réalisations.

Issus de la supply chain, de l’immobilier logistique et des solutions technologiques, les intervenants exposeront des situations d’automatisation dans plusieurs secteurs : industrie, distribution textile et produits alimentaires.

Automatisation du stockage et du déstockage de palettes, de la préparation de commande, cette matinale vous permettra de mieux comprendre les enjeux, les optimisations et les retours d’expérience.

La table ronde qui clôturera les interventions sera l’occasion d’approfondir les échanges et de partager les bonnes pratiques.

Passionnés d’automatisation et de technologie, logisticiens néophytes en automatisation ou responsables supply chain à l’écoute des dernières réalisations, cette réunion vous permettra de mieux connaître les solutions innovantes dans ce domaine et de questionner les intervenants.

Inscriptions et détails de la matinale sur le site de l’ASLOG.

Si l’on réinventait l’octroi ?

octroiLa période estivale est propice aux débats sur les péages. Les autoroutes bondées d’estivants et les embouteillages aux péages, les nationales ou maintenant départementales ponctuées par les nouveaux et inutiles portiques qui animent la monotonie du paysage, incitent au débat et à la discussion. Les péages trop chers ? A quoi servent les portiques ? Encore un nouveau modèle de radar ? Pourquoi toujours payer plus ? Les camions paient-ils le vrai prix ?

Notre écotaxe nationale, pourtant calquée sur celle de nombreux autres pays européens, qui ont tous compris l’intérêt de faire payer la route aux camions en transit, change de nom et se réduit des trois-quarts (4000 km au lieu de 15 000 km à l’origine).

Le site web de l’opérateur Eco-Mouv nous indique que le cadre réglementaire de cette taxe s’appuie sur pas moins de 2 directives européennes, 1 avis de la commission européenne, 2 décrets et 2 arrêtés de transposition en droit français, 1 loi (celle qui fait débat), 9 décrets et 20 arrêtés ! Donc que celles et ceux qui pensent que cette taxe n’a pas de fondement légal se tournent vers nos législateurs.

Cette taxe change de nom. Le nom d’écotaxe étant banni, l’écologie punitive également, il fallait trouver un nouveau nom à cette taxe qui n’en est pas une et qui surtout doit taxer les poids-lourds sans les taxer …

Le nom de péage de transit poids lourd a donc été trouvé. Un péage, tout le monde connaît et l’accepte. Comment partir en vacances sans péage ?

Certaines villes européennes, dans les pays scandinaves, en Grande Bretagne ou en Italie, ont instauré le péage urbain. Curieusement, les referendums sur ce sujets n’ont pas montré une impopularité, loin de là (80% de la population de Milan a voté pour !). Peut-être aurions-nous dû faire un referendum sur l’écotaxe plutôt que de laisser parler la rue…

Me vient alors l’idée de l’octroi. C’est en 1121 qu’a été a priori créée la première taxe sur les marchandises. Les péages avaient été créés au franchissement des ponts. L’enceinte dite des Fermiers Généraux, créée au 18ème siècle, avait pour but unique d’éviter la fraude. L’octroi n’a été supprimé qu’en 1943 …

L’octroi ayant à l’époque une fonction royale, n’est-ce pas le terme le plus adaptée à cette taxe qui ne veut pas dire son nom mais dont l’utilité est reconnue par tous ? N’oublions pas que le revenu de cette taxe est prévu pour le financement des infrastructures permettant de réussir l’ambitieux projet de transition énergétique.

Et pourtant, au-delà du nom de cette taxe bien réelle, le véritable enjeu est de réduire les cohortes de camions d’Europe du Sud ou de l’Est qui traversent quotidiennement notre pays, participent aux embouteillages, à la pollution et à l’ensemble des externalités négatives que nous constatons. Pour que le transport de ces marchandises soit effectué sur d’autres modes que la route, donc assez logiquement le fer, voire le mode fluvial, de lourds investissements doivent être réalisés. Des mutations profondes des modes de fonctionnement sont nécessaires.

La transition énergétique, ce n’est alors pas une taxe, c’est un projet global qui prévoit investissements sur le long terme, incitation à l’utilisation de ces moyens alternatifs et, dans ce cas uniquement, octroi de péage pour les modes moins vertueux !

Choisir son mode de livraison, est-ce un luxe ?

les echosAlors que les études montrent un tassement du panier moyen, nous devons nous interroger sur la livraison. Le mode de livraison devient peu à peu un argument commercial des sites web, alors qu’il était auparavant une nécessité. La livraison gratuite, est-ce ce que réclame le consommateur ? Ce n’est pas totalement certain.

Le consommateur n’est pas homogène, mais il est exigeant. Le site web, afin de répondre aux demandes multiples des besoins de consommation, peut maintenant proposer différentes solutions, à différents prix, allant du point relai, à la consigne, en passant par la livraison sur créneau de RV de 4 heures, 2 heures, voire une heure. Il peut demander à être livrer là où il se trouve, par exemple sur son lieu de vacances…

C’est cet ensemble de services que réclame le consommateur lorsqu’il achète sur internet. Il cherche bien sûr un prix, mais de plus en plus un service qui lui permettra de gagner du temps, d’éviter un déplacement en magasin qu’il souhaite parfois éviter.

Le dernier article des Echos, écrit par Lionel Steinmann,  dans lequel Jérôme Libeskind est interviewé,  explique bien ces tendances.

http://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conseils/0203617576261-avec-lessor-de-le-commerce-la-guerre-du-colis-bat-son-plein-1025095.php

Le consommateur achète sur internet pour avoir le choix, alors laissons-lui le choix de la livraison !